Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/482

Cette page a été validée par deux contributeurs.


puis que des ministres faibles et intéressés ont persuadé à nos princes de payer à prix d’or la tranquillité que nous laissent les Barbares. Les dépenses absorbent les revenus ; les villes sont ruinées, et la population diminue dans les provinces. Pour moi, le seul héritage que j’aie reçu des princes mes aïeux, est une âme inaccessible à la crainte ; et bien convaincu que les qualités de l’esprit sont le seul avantage réel, je ne rougirai pas d’avouer une pauvreté honorable, qui, aux jours de l’antique vertu, faisait la gloire de Fabricius. Vous pouvez partager cette gloire et cette vertu, si vous écoutez la voix du ciel et celle de votre général. Mais si vous ne mettez pas fin à vos témérités, si vous voulez renouveler le honteux et criminel exemple des anciennes séditions, continuez. — Je suis disposé à mourir debout, ainsi qu’il convient à un empereur qui s’est vu au premier rang parmi les hommes, et je dédaigne une vie précaire, qu’un accès de fièvre nous enlève en un moment. Si je me suis montré indigne de l’autorité, il y a parmi vous (et je le dis avec orgueil et avec plaisir), il y a parmi vous plusieurs chefs qui ont assez de talens et d’expérience pour conduire la guerre la plus difficile. Telle a été la douceur de mon règne, que je puis rentrer sans crainte dans l’obscurité d’une condition privée[1]. » Son modeste courage lui valut les applaudissemens

  1. Ce discours me paraît authentique. Ammien a pu l’entendre, il a pu le copier, et il était incapable de l’imaginer. Je me suis permis quelques libertés, et je l’ai terminé par la phrase la plus énergique.