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captives[1], loin de résister à ses fantaisies, se seraient disputé l’honneur de ses caresses. Il n’eut pas même la curiosité de les voir ; il soutint les travaux de la guerre avec la même fermeté qu’il opposait aux charmes de l’amour. Lorsque l’armée traversait des terrains inondés, il marchait à pied à la tête des légions ; il partageait leurs fatigues, il excitait leur ardeur. Toutes les fois qu’il s’agissait d’un travail nécessaire, il mettait avec zèle la main à l’ouvrage, et l’on voyait la pourpre impériale humide et salie, ainsi que le vêtement grossier du dernier des soldats. Les deux siéges lui donnèrent plusieurs occasions de signaler une valeur que les généraux prudens ne peuvent guère déployer, quand l’art militaire est parvenu à un certain degré de perfection. Il se tint devant la citadelle de Perisabor, sans songer aux dangers qu’il courait. Tandis qu’il encourageait son armée à forcer les portes de fer, il fut presque terrassé par les armes de trait et les grosses pierres qu’on dirigeait sur sa personne. Au siége de Maogamalcha, il examinait les fortifications extérieures de la place, lorsque deux Persans, se dévouant pour leur pays, tombèrent sur lui le cimeterre au poing ; il se couvrit adroitement de son bouclier qui reçut

  1. Ex virginibus autem, quæ speciosæ sunt captæ, et in Perside, ubi fæminarum pulchritudo excellit, nec contrectare aliquam voluit, nec videre. (Ammien, XXIV, 4) La race des Persans est petite et laide ; mais le mélange continuel du sang de Circassie l’a embellie. (Hérod., l. III, c. 97 ; Buffon, Hist. nat., t. III, p. 420.)