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la communication des deux rivières, et coupaient la plaine d’Assyrie. Ils servaient à plusieurs usages importans : ils conduisaient les eaux superflues d’une rivière dans l’autre, à l’époque de leurs inondations respectives. Divisés et subdivisés en un grand nombre de petites branches, ils arrosaient les terres sèches, et suppléaient à la pluie ; ils facilitaient en temps de paix les communications nécessaires pour le commerce ; et comme on pouvait en un moment briser les écluses, ils offraient au désespoir des habitans le moyen d’arrêter, par une inondation, les progrès de l’ennemi. La nature avait refusé au sol et au climat de l’Assyrie, le vin, l’olive, le figuier, et quelques autres de ses dons les plus précieux ; mais elle y produisait, avec une fertilité inépuisable, tout ce qu’exige la subsistance de l’homme, et en particulier le froment et l’orge. Il n’était pas rare de voir le grain semé par le cultivateur, rapporter jusqu’à deux et même trois cents pour un. D’innombrables palmiers y formaient une multitude de bocages[1], et les industrieux habitans du pays célébraient en vers et en prose les trois cent soixante usages qu’on faisait du tronc, des branches, des feuilles, du suc et du fruit de cet arbre si utile. Divers genres d’ouvrages, particulièrement les cuirs et les toiles, occupaient l’industrie d’un peuple nombreux, et fournissaient des

  1. Le savant Kæmpfer a traité à fond, comme botaniste, comme antiquaire et comme voyageur, tout ce qui regarde les palmiers. (Amænitat. Exoticæ, Fascicul. IV, p. 660-764.)