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armes était sans doute incertain ; mais Sapor ne devait pas oublier que si, dans le cours de leurs nombreuses guerres, les Romains avaient perdu quelques batailles, ils les avaient cependant terminées toutes par la victoire. Peu de jours après le départ de Narsès, on envoya trois ambassadeurs à la cour de Sapor, qui était déjà revenu de son expédition de Syrie dans sa résidence ordinaire de Ctésiphon. Un comte, un notaire et un sophiste, furent chargés de cette importante commission ; et Constance, qui désirait secrètement la conclusion de la paix, espéra que le rang du premier, l’adresse du second, et l’éloquence du troisième[1], obtiendraient de Sapor un adoucissement à ses prétentions. Mais leur négociation échoua par l’opposition et les manœuvres d’Antoninus, sujet romain[2]. Forcé par l’oppression de fuir de la Syrie, il avait été admis dans les conseils de Sapor, et même à sa table royale, où, selon l’usage

  1. Ammien, XVII, 5 ; et Valois, ad loc. Le sophiste ou philosophe (dans ce siècle ces deux noms étaient synonymes), le sophiste était Eustache de Cappadoce, disciple de Jamblique, et l’ami de saint Basile. Eunape (in vit. Edesii, p. 44-47) attribue à l’ambassadeur philosophe la gloire d’avoir enchanté le roi barbare par les charmes persuasifs de l’éloquence et de la raison. Voy. Tillemont, Hist. des Emper., t. IV, p. 828-1132.
  2. Ammien XVIII, 5, 6, 8. La conduite décente et respectueuse d’Antoninus vis-à-vis du général romain, le présente dans un jour très-favorable, et Ammien lui-même ne peut s’empêcher de parler du traître avec estime et compassion.