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vantaient leur incomparable maître ; et la jalousie de ses rivaux, qui le poursuivaient d’une ville à l’autre, confirmait l’opinion de la supériorité de son mérite que le sophiste lui-même vantait sans modestie. Les précepteurs de Julien lui avaient arraché une promesse imprudente mais solennelle de ne jamais assister aux leçons de leur adversaire. Cet engagement contrariait et augmentait la curiosité du jeune prince ; il se procura secrètement les écrits de ce dangereux sophiste, et imita peu à peu si parfaitement son style, qu’il surpassa les plus laborieux des élèves de Libanius[1]. Lorsqu’il monta sur le trône, il se montra très-empressé d’embrasser et de récompenser le sophiste de Syrie, qui, dans un siècle dégénéré, avait maintenu la pureté du goût, des mœurs et de la religion des Grecs. L’orgueil réservé du philosophe accrut et justifia la prévention de l’empereur. Au lieu de se précipiter avec tout ce qu’il y avait de plus distingué vers le palais de Constantinople, Libanius attendit tranquillement l’arrivée du prince à Antioche, se retira de la cour aux premiers symptômes de froideur et d’indifférence, n’y retourna jamais sans y être formellement invité, et donna à son souverain cette leçon importante, qu’on peut commander l’obéissance d’un sujet, mais qu’il faut mériter l’affection d’un ami. Les sophistes de tous les siècles méprisent ou affectent de mépriser les distinctions de naissance et de for-

  1. Libanius, orat. parent., c. 7, p. 230, 231.