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citoyens formaient le sénat : ils furent conduits en corps du palais dans la prison ; on leur permit, avant la fin du jour, de retourner chez eux[1]. Mais l’empereur ne put obtenir le pardon qu’il avait accordé si aisément. Les mêmes maux, toujours subsistans, donnaient lieu à la continuation des mêmes plaintes que faisaient habilement circuler l’esprit et la légèreté des Grecs de Syrie. Durant la liberté des Saturnales, tous les quartiers de la ville retentirent de chansons insolentes qui tournaient en ridicule les lois, la religion, la conduite personnelle, et même la barbe de l’empereur : la connivence des magistrats et les applaudissemens de la multitude annoncèrent clairement l’opinion de la ville d’Antioche[2]. Ces insultes populaires affectèrent trop profondément le disciple de Socrate ; mais le monarque, doué d’une sensibilité très-vive et revêtu d’un pouvoir absolu, ne permit pas la vengeance à son ressentiment. Un tyran aurait arraché aux citoyens, sans distinction, la fortune et la vie ; et les légions de la Gaule, dévouées aux ordres de leur empereur, auraient forcé les Syriens amollis à supporter patiemment leurs ou-

  1. Libanius ne dit qu’un mot en passant, sur l’emprisonnenaent de peu de durée et peu rigoureux que l’on fit subir au sénat. (Orat. parent., c. 98, p. 322, 323.)
  2. Libanius (ad Antiochenos de imperatoris irâ, c. 17, 18, 19, in Fabricius, Bibl. græca, t. VII, p. 221-223), comme un habile avocat, critique avec sévérité la sottise du peuple, qui porta la peine du crime d’un petit nombre d’ivrognes obscurs.