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héréditaire des Syriens. Ils ne suivaient d’autres lois que la mode ; le plaisir était leur seule occupation, et l’éclat des vêtemens et des meubles, la seule distinction qui excitât leur envie. Ils honoraient les arts de luxe ; ils tournaient en ridicule les vertus mâles et courageuses, et leur mépris de la pudeur et de la vieillesse annonçait une dépravation universelle. Les Syriens aimaient passionnément les spectacles ; ils appelaient des villes voisines tous ceux qui s’y distinguaient par leur adresse[1]. Ils employaient aux amusemens publics une partie considérable du revenu, et la magnificence des jeux du théâtre et du cirque était regardée comme le bonheur et la gloire d’Antioche. Les mœurs rustiques d’un prince qui dédaignait une pareille gloire et qui paraissait insensible à un bonheur de ce genre, ne convenaient pas à la délicatesse de ses sujets, qui ne pouvaient ni admirer ni imiter la simplicité sévère que Julien conservait toujours, et qu’il affectait quelquefois. Il ne déposait sa gravité philosophique que dans les jours de fête consacrés à l’honneur des dieux par un ancien usage ; et c’étaient les seuls jours de l’année où les Syriens d’Antioche résistassent aux attraits du plaisir. La plupart d’entre eux se glorifiaient du nom de

  1. Laodicée leur fournissait des conducteurs de chars ; Tyr et Béryte, des comédiens ; Césarée, des pantomimes ; Héliopolis, des chanteurs ; Gaza, des gladiateurs ; Ascalon, des lutteurs, et Castabala, des danseurs de corde. (Voyez l’Expositio totius Mundi, p. 6, dans le troisième tome des Geographi minores de Hudson.)