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rassembla pour cette importante expédition une armée formidable ; il partit lui-même de Constantinople, traversa les provinces de l’Asie Mineure, et arriva à Antioche, environ huit mois après la mort de son prédécesseur. Quoique Julien désirât vivement de pénétrer au centre de la Perse, il fut arrêté par l’indispensable nécessité de régler l’état de l’empire, par son zèle pour le culte des dieux, [Julien va de Constantinople à Antioche. Au mois d’Août.]par les conseils de ses plus sages amis, qui lui démontrèrent la nécessité d’employer le repos de l’hiver à réparer les forces épuisées des légions de la Gaule, ainsi qu’à rétablir la discipline et à ranimer l’esprit militaire parmi celles de l’Orient. On le détermina à demeurer à Antioche jusqu’au printemps, au milieu d’un peuple malin, disposé à tourner en ridicule la précipitation, et à censurer la lenteur de son maître[1].

Mœurs licencieuses du peuple d’Antioche.

Si Julien s’était flatté que son séjour dans la capitale de l’Orient ferait naître entre le prince et le peuple des sentimens satisfaisans pour tous deux, il jugea mal son caractère et les mœurs d’Antioche[2]. La chaleur du climat disposait les habitans à tout l’excès des plaisirs, du luxe et de l’oisiveté ; ils unissaient la corruption joyeuse des Grecs à la mollesse

  1. Ammien (XXII, 7, 12), Liban. (orat. parent., c. 79, 80, p. 305, 306), Zosime (l. III, p. 158), et Socrate (l. III, c. 19), indiquent le plan de la guerre de Perse.
  2. La satire de Julien et les Homélies de saint Chrysostôme offrent le même tableau des mœurs d’Antioche. La miniature que l’abbé de La Bléterie en a tirée (Vie de Jul., p. 332) a de la précision et de l’exactitude.