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Zèle et imprudences des chrétiens.

J’ai tâché de développer fidèlement le système artificieux par lequel Julien voulait arriver aux effets de la persécution, sans en être ou du moins en paraître coupable. Mais si le poison mortel du fanatisme corrompait le cœur et l’intelligence d’un prince vertueux, il faut avouer aussi que les passions humaines et l’enthousiasme religieux exagérèrent et aigrirent les maux réels des chrétiens. La douceur et la résignation qui avaient distingué les premiers disciples de l’Évangile étaient plus louées qu’imitées par leurs successeurs. L’exercice du gouvernement civil et ecclésiastique, depuis plus de quarante années, leur avait donné les vices insolens de la prospérité[1], et l’habitude de croire que les saints méritaient seuls de régner sur la terre. Lorsque le clergé fut dépouillé par l’inimitié de Julien des priviléges dont l’avait revêtu la faveur de Constantin, il s’en plaignit comme de la tyrannie la plus cruelle ; et la tolérance accordée aux idolâtres et aux hérétiques, devint un sujet de douleur et de scandale pour les orthodoxes[2]. Le zèle du peuple continuait à se manifester par des actes de violence qui n’étaient plus autorisés par les magistrats. L’autel de Cybèle, à Pessinunte, fut renversé presque sous les yeux de l’empereur, et une

    9 ; et Tillemont, Mém. ecclés., t. VIII, p. 361-368, qui s’est servi de quelques matériaux fournis par les bollandistes.

  1. Saint Grégoire en convient franchement (Orat. 3, p. 61, 62.)
  2. Écoutez les plaintes que la fureur et la déraison dictent à Optat. (De Schismat. donatist., l. II, c. 16, 17.)