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sa mort on est parvenu à faire jouer à cet odieux étranger [Est révéré comme un saint et un martyr.]le rôle d’un martyr, d’un saint et d’un héros chrétien[1], et l’infâme George[2] de Cappadoce est devenu le fameux saint George d’Angleterre, patron des armes, de la chevalerie et de la jarretière[3].

Vers le temps où Julien fut instruit de la sédition d’Alexandrie, il apprit qu’à Édesse, la riche et or-

    303, édit. Dupin ; et Tillemont, Mém. ecclés., t. VI, p. 713, in-4o.), et des Priscillianistes (Tillemont, Mém. ecclés., l. VIII, p. 517, in-4o.), ont usurpé de la même manière les honneurs saints et des martyrs de l’Église catholique.

  1. Les saints de la Cappadoce, Basile et les deux Grégoires, ne savaient pas que George fût un saint comme eux. Le pape Gélase (A. D. 494), le premier catholique qui ait reconnu saint George, le met au rang des martyrs : « Qui Deo magis quàm hominibus noti sunt. » Il rejette ses Actes, qu’il attribue à des hérétiques. Quelques-uns de ces Actes, qui ne sont peut-être par les plus anciens, existent encore ; et, au milieu de toutes les fables qu’on y trouve, nous pouvons encore distinguer le combat que soutint saint George de Cappadoce contre le magicien Athanase, en présence de la reine Alexandra.
  2. On ne donne pas cette transformation comme absolument sûre, mais comme extrêmement probable. Voyez le Longueruana, t. I, p. 94.
  3. On peut tirer du docteur Heyling (History of saint George, deuxième édition, Londres, 1633, in-4o., p. 429.) et des Bollandistes (Acta Sanctorum Mens. April., t. III, p 100-163.) une histoire curieuse des hommages rendus à saint George en qualité de saint, depuis le sixième siècle, époque où on le révérait déjà dans la Palestine, dans l’Arménie, à Rome, et à Trêves dans la Gaule. Sa réputation en Europe, et surtout en Angleterre, vient des croisades.