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un tyran, que son naturel et son éducation rendaient propre au rôle de persécuteur ; mais sa main impartiale étendit le poids de l’oppression sur tous les divers habitans de son vaste diocèse. [Il opprime Alexandrie et toute l’Égypte.]Le primat de l’Égypte en étalant le faste et l’insolence de sa dignité, laissait toujours apercevoir les vices de sa basse extraction. Le monopole inique et presque universel du nitre, du sel, du papier, des funérailles, etc., qu’il vint à bout d’obtenir, appauvrit les marchands de sa capitale, et le père spirituel d’un grand peuple daigna s’abaisser aux viles fonctions d’un délateur. Les habitans d’Alexandrie ne purent jamais oublier ni lui pardonner l’impôt sur toutes les maisons de la ville, dont il avait donné l’idée, sous prétexte que le fondateur avait transmis la propriété du sol aux Ptolémées et aux Césars ses successeurs. Les gentils, qui s’étaient flattés de l’espoir de la liberté et de la tolérance, excitèrent sa cupidité ; et les riches temples d’Alexandrie furent pillés ou insultés par le fier prélat, qui s’écriait d’une voix élevée et menaçante : « Jusqu’à quand laissera-t-on subsister ces sépulcres ? » La fureur, ou plutôt la justice du peuple le chassa de son siége sous le règne de Constance ; et ce ne fut pas sans de violens efforts que l’autorité civile et militaire de l’état parvint à le rétablir et à satisfaire sa vengeance. L’envoyé qui proclama dans Alexandrie l’avénement de Julien, annonça la chute de l’archevêque. [A. D. 361. Nov. 30.]George et deux de ses vils ministres, le comte Diodore et Dracontius, maîtres de la monnaie, furent ignominieusement traînés en prison,