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bla rétablir la fortune du paganisme, on démolit l’église de saint Babylas, et on ajouta de nouveaux bâtimens à l’édifice à demi ruiné qu’avait fait construire la piété des rois de Syrie. Mais l’un des premiers soins de Julien, et celui dont il s’occupa le plus, fut de délivrer son dieu opprimé de l’odieuse présence des chrétiens morts ou vivans, qui avaient éteint la voix de l’imposture et de l’enthousiasme[1]. [On enlève le corps des chrétiens et on démolit l’église bâtie à Daphné.]Il purifia ce lieu d’infection, d’après les lois des anciens rituels ; on enleva les corps avec décence, et on permit aux ministres de l’église de porter les restes de saint Babylas dans les murs d’Antioche, d’où on les avait tirés. Le zèle des chrétiens dédaigna l’humble conduite qui aurait pu adoucir la malveillance d’un gouvernement ennemi de leur religion. Une multitude innombrable accompagna, suivit ou environna, à son arrivée, le char élevé qui transportait les ossemens de saint Babylas. Elle chantait au milieu des plus bruyantes acclamations ceux des psaumes de David qui expriment, avec le plus d’énergie, le mépris des idoles et des idolâtres. Le retour du saint fut un triomphe, et ce triomphe était une insulte à la religion de l’empereur, dont l’orgueil

  1. Julien (Misopogon, p. 361) et Libanius (Nœniâ, p. 185) disent qu’Apollon fut troublé par le voisinage d’un mort ; et les critiques ecclésiastiques, principalement ceux qui aiment les reliques, triomphent de cet aveu. Cependant Ammien (XXII, 12) procède à la purification de la totalité du terrain avec toutes les cérémonies employées par les Athéniens dans l’île de Délos.