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temple en l’honneur du dieu du Jour. Sa statue colossale[1] remplissait presque en entier le vaste sanctuaire qu’embellissaient l’or, les pierres précieuses, et le talent des artistes grecs. Le dieu était penché ; il tenait une coupe d’or à la main, et faisait une libation sur la terre comme s’il suppliait cette mère vénérable de rendre à ses embrassemens la belle et froide Daphné ; car la fiction avait pris soin d’ennoblir le terrain consacré, et l’imagination des poètes de Syrie avait transporté ce conte d’amour des bords du Pénée à ceux de l’Oronte. La colonie royale d’Antioche suivait les anciens rites de la Grèce. Un ruisseau prophétique, dont les prédictions égalèrent, pour l’autorité et la réputation, celles de l’oracle de Delphes, s’écoulait de la source castalienne de Daphné[2]. Au moyen d’un privilége particulier qu’on acheta de la ville d’Élis, on construisit, dans les champs voisins,

    bon (ad Histor. August., p. 64) jettent du jour sur ce point curieux.

  1. Simulacrum in eo Olympiaci Jovis imitamenti æquiparans magnitudinem. (Ammien, XXII, 13.) Le Jupiter Olympien avait soixante pieds de hauteur, et sa masse était par conséquent égale à celle de mille hommes. Voyez un Mémoire curieux de l’abbé Gédoyn (Mémoires de l’Acad. des inscript. t. IX, p. 198.)
  2. Adrien lut sa fortune à venir sur une feuille plongée dans cette fontaine ; supercherie que, selon le médecin Van-Dale, il était facile d’exécuter au moyen d’une préparation chimique (De oraculis, p. 281-282). Cet empereur ferma la source de ces connaissances dangereuses ; mais elle fut rouverte par la superstitieuse curiosité de Julien.