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l’un des partis applaudissait à la justice et à la piété de l’empereur, tandis que l’autre déplorait et abhorrait sa violence sacrilége[1]. Lorsque le terrain était libre, le rétablissement des immenses édifices qu’on avait rasés et la restitution des ornemens précieux qu’on avait convertis à l’usage du culte des chrétiens, donnaient lieu à un long chapitre de dommages et intérêts. Ceux qui avaient fait le mal, n’avaient ni les moyens ni la volonté de satisfaire à la demande de ces sommes accumulées ; et un législateur impartial aurait montré de la sagesse, en prononçant d’une manière équitable et modérée sur les plaintes et les réclamations. Les imprudens édits de Julien jetèrent tout l’empire, et l’Orient en particulier, dans la confusion ; et les magistrats gentils, excités par le fanatisme et la vengeance, abusèrent du rigoureux privilége que leur donnait la loi romaine, qui substitue à la propriété la personne du débiteur insolvable. Sous le dernier règne, Marc, évêque d’Aréthuse[2],

  1. Si on compare les expressions douces de Libanius (orat. parent., c. 60, p. 286) avec les exclamations passionnées de saint Grégoire (orat. 3, p. 86, 87), on aura peine à croire que les deux orateurs parlent des mêmes événemens.
  2. Restan ou Aréthuse, située entre Emesa (Hems) et Epiphania (Hamath), à seize milles de ces deux endroits, fut fondée par Séleucus-Nicator, ou du moins elle en reçut son nom. Les médailles de la ville font remonter sa fondation à l’an de Rome 685. Lors de la ruine de l’empire des Séleucides, Emesa et Aréthuse tombèrent au pouvoir de l’Arabe Sampsiceramus, dont la postérité vassale de Rome,