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obtenait peut-être quelques exceptions extraordinaires ; mais la plupart des officiers chrétiens furent insensiblement privés de leurs emplois dans l’administration, dans l’armée et dans les provinces. Les espérances de la jeunesse chrétienne furent entièrement anéanties par la partialité déclarée du prince, qui avertit malignement les adorateurs du Christ qu’il n’était pas permis à un chrétien de se servir du glaive de la justice ou de la guerre, et fit soigneusement environner le camp et les tribunaux des bannières de l’idolâtrie. Il confiait les pouvoirs du gouvernement à des païens qui montraient un zèle ardent pour la religion de leurs ancêtres ; et comme les règles de la divination dirigeaient souvent son choix, les favoris, qu’il préférait comme les plus agréables aux dieux, n’obtenaient pas toujours l’approbation publique[1]. Les chrétiens eurent beaucoup à souffrir, et plus encore à craindre sous l’administration de leurs ennemis. Julien abhorrait la cruauté par caractère, et le soin de sa réputation exposée aux yeux de l’univers, ne permettait plus au monarque philosophe de violer les lois de la justice et de la tolérance, qu’il avait lui-même si récemment établies. Mais ceux qui exerçaient son autorité dans

    être réduit aux assertions de saint Grégoire (orat. 3, p. 94), qui n’était pas moins porté à l’exagération, mais qui ne s’y livrait pas autant, à cause des lumières de ses contemporains.

  1. Ψηφω θεων και διδο‍υς και μη διδο‍υς. (Libanius, orat. parental., c. 88, p. 314.)