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encore tendres y recevraient les impressions de la littérature et de l’idolâtrie des Grecs. Lorsque les scrupules des jeunes chrétiens ou de leurs parens les empêchaient de se livrer à cette dangereuse méthode d’instruction, ils se voyaient contraints de renoncer aux avantages d’une bonne éducation : l’empereur avait lieu de croire qu’en peu d’années l’Église retomberait dans sa simplicité primitive, et qu’à ses théologiens, doués de savoir et d’éloquence autant que le pouvait comporter leur siècle, succéderait bientôt une génération d’aveugles et d’ignorans fanatiques, incapables de défendre la vérité de leurs principes et d’exposer les nombreuses extravagances du polythéisme[1].

Disgrâce et oppression des chrétiens.

Julien avait sans doute le désir et le projet de priver les chrétiens des avantages que donnent les richesses, les lumières et l’autorité ; mais leur injuste exclusion de toutes les charges lucratives et de tous les emplois de confiance, paraît avoir été le résultat de son système général, plutôt que la suite immédiate d’aucune loi positive[2]. Le mérite supérieur

  1. Ils avalent recours à l’expédient de composer des livres pour leurs écoles. En peu de mois, Apollinaris publia des imitations chrétiennes d’Homère (une histoire sacrée en vingt-quatre livres), de Pindare, d’Euripide et de Ménandre ; et Sozomène est convaincu qu’ils égalaient ou même qu’ils surpassaient leurs modèles.
  2. L’Instruction de Julien à ses magistrats était (epist. 7) προτιμασθαι μεν τοι το‍υς θεοσεβεις και πανυ φημι δειν. Ce que disent Sozomène (l. V, c. 18) et Socrate (l. III, c. 13) doit