Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/411

Cette page a été validée par deux contributeurs.


idée peu généreuse, que, selon la différence de leurs opinions religieuses, une partie de ses sujets méritait sa faveur et son amitié, tandis que l’autre avait droit seulement aux avantages ordinaires que sa justice ne pouvait refuser à des citoyens soumis[1]. D’après ce principe, source féconde d’injustices et de vexations, il transféra aux pontifes de sa religion l’administration des parties considérables du revenu public, que la piété de Constantin et de ses fils avait accordée à l’Église. L’orgueilleux système des immunités et des honneurs du clergé, qu’on avait élevé avec tant d’art et de travaux, fut anéanti ; la rigueur des lois détruisit les espérances qu’on formait sur la libéralité des mourans, et les prêtres du christianisme se virent confondus avec la dernière et la plus ignominieuse classe du peuple. La sagesse d’un prince orthodoxe adopta bientôt après ceux de ces règlemens qui parurent nécessaires pour réprimer l’ambition et la cupidité des ecclésiastiques. Les distinctions particulières que la politique ou la superstition a prodiguées à l’ordre sacerdotal, ne doivent regar-

  1. Ου γας μοι θεμις εςι κομιζεμεν η ελεαιρειν
    Ανδας, οι κε θεοισιν απεχθωντ' αθανατοισιν

    Ces deux vers, dont Julien a perverti le sens à la manière d’un vrai fanatique (epist. 49), sont tirés des discours d’Éole, au moment où il refuse d’accorder encore des vents à Ulysse. (Odyssée, X, 73.) Libanius (Orat. parent., c. 59, p. 286) entreprend de justifier une conduite si partiale ; et, dans cette apologie, l’esprit de persécution perce à travers le masque de la bonne foi.