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pieux artifice du clergé de Jérusalem et la crédulité du peuple ne tardèrent pas à embellir et à exagérer

    quer en doute ; un passage de Tacite la lui a fournie : cet historien dit en décrivant Jérusalem : « La place, dans une assiette très-forte, était encore défendue par une masse d’ouvrages, qui, même dans une position faible, l’eussent rendue respectable. Il y avait deux coteaux d’une hauteur immense (la montagne de Sion et la montagne du Temple, placées l’une à côté de l’autre dans la partie méridionale de Jérusalem), tout bordés de murs artistement construits et pleins de saillies et d’enfoncemens qui mettaient le flanc des assiégeans à découvert de tous côtés… Le temple lui-même était une espèce de citadelle qui avait aussi ses murs, encore mieux construits et plus fortifiés que le reste : jusqu’aux portiques qui régnaient autour du temple étaient une excellente fortification. Il y avait une fontaine qui ne tarissait point, de vastes souterrains sous la montagne, des piscines et des citernes pour conserver l’eau des pluies. » (Tac., Hist., l. V, c. 11 et 12.)

    Ces souterrains et ces citernes devaient être fort considérables. Celles-ci fournirent de l’eau pendant toute la durée du siége de Jérusalem, à onze cent mille habitans, pour qui la fontaine de Siloa ne pouvait suffire, et qui n’avaient point d’eau de pluie, le siége ayant eu lieu du mois d’avril au mois d’août, époque de l’année pendant laquelle il pleut rarement à Jérusalem. Quant aux souterrains, ils servaient, depuis et même avant le retour des Juifs de Babylone, pour renfermer, non-seulement les provisions d’huile, de vin et de blé, mais encore les trésors que l’on avait à garder dans le temple. Josèphe a raconté plusieurs traits qui indiquent quelle était leur étendue. Lorsque Jérusalem fut sur le point d’être prise par Titus, les chefs des rebelles, mettant leur dernière espérance dans ces vastes