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dulité d’un âge avancé à la ferveur d’une nouvelle convertie. Les sages et les héros qui ont visité le théâtre de la sagesse et de la gloire des anciens, ont senti que le génie de ces lieux les inspirait[1] ; et le chrétien qui s’agenouillait devant le saint Sépulcre attribuait la vivacité de sa foi et la ferveur de sa dévotion à l’influence plus immédiate de l’esprit de Dieu. Le zèle, peut-être la cupidité du clergé de Jérusalem, excitait et multipliait ces utiles voyages. D’après une tradition qu’on dit incontestable, les prêtres indiquaient l’endroit où s’était passé chaque événement digne de souvenir. Ils montraient les instrumens de la passion de Jésus-Christ ; les clous et la lance qui avaient percé ses mains, ses pieds et son côté ; la couronne d’épines qu’on avait placée sur sa tête ; la colonne où il fut battu de verges, et particulièrement cette croix où il expira, qu’on avait tirée du milieu des décombres sous le règne de l’un des princes qui placèrent le symbole du christianisme sur la bannière des légions romaines[2]. Les

  1. Cicéron (De Finibus, t. I) a exprimé d’une manière heureuse ce sentiment commun à tous les hommes.
  2. Baronius (Annal. ecclés., A. D. 326, no 42-50) et Tillemont (Mém. ecclés., t. VII, p. 8-16) racontent et défendent l’invention miraculeuse de la croix sous le règne de Constantin. Parmi les témoignages qu’ils produisent, les plus anciens sont ceux de Paulin, de Sulpice-Sévère, de Rufin, de saint Ambroise, et peut-être de saint Cyrille de Jérusalem. Le silence d’Eusèbe et de l’Itinéraire de Bordeaux, en éclairant ceux qui pensent, embarrasse ceux qui