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on avait effacé du labarum le saint nom du Christ ; et les emblèmes de la guerre, de la majesté du prince et de la superstition païenne se trouvaient si habilement confondus, que le sujet fidèle encourait le reproche d’idolâtrie lorsqu’il saluait respectueusement la personne ou l’image de son souverain. Tous les soldats passaient en revue, et chacun recevait de la main de Julien un don proportionné à son rang et à ses services ; mais on exigeait auparavant qu’il jetât des grains d’encens dans le feu qui brûlait sur l’autel. Quelques chrétiens résistèrent, d’autres se repentirent ; mais le plus grand nombre, séduit par la vue de l’or, et intimidé par la présence de l’empereur, contractait l’engagement criminel, et toutes les considérations possibles de devoir et d’intérêt assuraient pour l’avenir leur persévérance dans le culte des dieux. Julien, en usant souvent de ces artifices, et en prodiguant des sommes qui auraient payé le service de la moitié des peuples de la Scythie, obtint à son armée la protection imaginaire des dieux, et s’acquit plus réellement le ferme appui des légions romaines[1]. Il est d’ailleurs plus que vraisemblable que le rétablissement du paganisme et la faveur qu’on lui accordait firent connaître une multitude de prétendus chrétiens qui, dans des vues temporelles, s’étaient soumis à la religion du règne précédent, et re-

  1. Saint Grégoire, orat. 3, p. 74, 75, 83-86 ; et Libanius, orat. parent., c. 81, 82, p. 307, 308. Περι ταυτην την σπο‍υδην, ο‍υκ αρνο‍υμαι πλο‍υτον ανηλωςθαι μεγαν. Le sophiste avoue et justifie les dépenses de ces conversions militaires.