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des factions religieuses. Instruit par l’histoire et la réflexion, Julien croyait que si une violence salutaire guérit quelquefois les maladies du corps, le fer et le feu ne peuvent arracher de l’esprit les opinions erronées. On peut en effet traîner une victime au pied des autels ; mais son cœur continue d’abhorrer et de désavouer le sacrilége dont on a rendu sa main coupable. La tyrannie irrite et fortifie l’opiniâtreté religieuse, et dès que la persécution se calme, ceux qui ont cédé rentrent dans leur secte comme pénitens, et ceux qui ont résisté sont honorés comme des saints et des martyrs. Julien sentait qu’en adoptant la cruauté infructueuse de Dioclétien et de ses collègues, il flétrirait sa mémoire et augmenterait le triomphe de l’Église catholique, à qui la rigueur des magistrats païens avait donné de la force et des prosélytes. Pénétré de ces maximes, et craignant de troubler le repos d’un règne mal affermi, il étonna le monde romain par une loi digne d’un homme d’état et d’un philosophe. Julien accorda une tolérance universelle à tous les sujets de l’empire, et la seule gêne qu’il imposa aux chrétiens, fut de leur ôter le pouvoir de tourmenter ceux de leurs concitoyens qu’ils flétrissaient des noms odieux d’idolâtres et d’hérétiques. On permit ou plutôt on ordonna aux païens d’ouvrir tous leurs temples[1], et on les

  1. Dans la Grèce, les temples de Minerve furent ouverts par l’ordre exprès de Julien, avant la mort de Constance (Libanius, orat. parent., c. 55, p. 280) ; et dans son