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flamboyantes apparitions qu’on offrait aux sens ou à l’imagination du crédule prosélyte[1], jusqu’au moment où des visions consolantes et instructives se présentaient environnées de l’éclat d’une lumière céleste[2]. Un enthousiasme profond, inaltérable et sincère pénétra l’esprit de Julien dans les cavernes d’Éphèse et d’Éleusis ; ce qui ne l’empêcha pas d’y mêler quelquefois dans sa conduite ces fraudes pieuses et cette hypocrisie, qu’on peut remarquer, ou du moins soupçonner chez les fanatiques qui semblent avoir le plus de bonne foi. Dès cet instant, il consacra sa vie au service des dieux, et lorsque l’étude et les travaux de la guerre et de l’administration vinrent à employer tous les instans de sa journée, plusieurs heures de la nuit furent invariablement consacrées à ses dévotions particulières. La sobriété qui ornait en lui les mœurs sévères du guerrier et du philosophe, était rigoureusement assujettie à des

  1. Julien, dans un moment de frayeur involontaire, fit le signe de la croix, et les démons disparurent, dit saint Grégoire de Nazianze. (Orat. 3, p. 71.) Il suppose que la frayeur saisit les démons ; mais les prêtres du paganisme déclarèrent que les démons étaient indignés. Le lecteur pourra, d’après la mesure de sa foi, décider sur cette importante question.
  2. Dion-Chrysostôme, Themistius, Proclus et Stobée, nous laissent entrevoir une idée éloignée des terreurs et des joies de l’initiation. Le savant auteur de la divine Légation (vol. 1, p. 239, 247, 248, 280, édit. 1765) rapporte leurs paroles, qu’il applique tantôt avec adresse, tantôt péniblement, au soutien de son propre système.