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platoniciens. Mais les forces défaillantes de ce vénérable sage ne pouvant suffire à l’ardeur, au zèle et à la conception rapide de son élève, celui-ci désira qu’il se fit remplacer par Chrysante et Eusèbe, deux de ses plus habiles disciples. Il paraît que ces philosophes se distribuèrent les rôles, et qu’après avoir excité l’impatient espoir de l’aspirant par de feintes disputes et d’obscures insinuations, ils le mirent entre les mains de leur associé Maxime, le plus effronté et le plus adroit de tous les maîtres de théurgie[1]. Ce fut par lui que Julien, alors âgé de vingt ans, fut secrètement initié à Éphèse. Sa résidence à Athènes confirma cette alliance monstrueuse de la philosophie et de la superstition. On voulut bien l’initier solennellement aux mystères d’Éleusis, qui, au milieu de la décadence générale de l’idolâtrie, conservaient encore quelques vestiges de leur première sainteté ; et tel était son zèle, qu’il appela ensuite le pontife d’Éleusis à la cour des Gaules, uniquement pour achever, par des cérémonies et des sacrifices, le grand ouvrage de sa sanctification. Comme les cérémonies se faisaient au fond des cavernes et dans le silence de la nuit, et que la discrétion des initiés n’en violait jamais le secret, je n’ai pas la prétention de pouvoir décrire l’épouvantable bruit et les

  1. Eunape (p. 69-76) décrit avec naïveté le manège des sophistes, qui se renvoyaient l’un à l’autre le crédule Julien. L’abbé de La Bléterie a très-bien saisi le plan de toute cette comédie, et il l’expose avec netteté. Vie de Julien, p. 61-67.