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à l’époque de Julien, les prêtres du paganisme avaient seuls employé ces supercheries pour le soutien d’une cause qui se perdait, la considération des intérêts et des habitudes de l’ordre sacerdotal pourrait disposer à quelque indulgence ; mais on est surpris et scandalisé que les philosophes eux-mêmes aient voulu abuser de la crédulité superstitieuse des hommes[1], et qu’ils aient cherché à soutenir les mystères grecs par la magie ou théurgie des platoniciens. Ils se vantaient audacieusement de pouvoir contempler l’ordre mystérieux de la nature, pénétrer les secrets de l’avenir, commander aux démons inférieurs, jouir de la vue et de la conversation des dieux supérieurs ; et, en dégageant l’âme de ses liens matériels, réunir à l’esprit divin cette immortelle particule de son être infini.

Initiation et fanatisme de Julien.

La dévote et entreprenante curiosité de Julien offrait aux philosophes une conquête aisée, et qui, d’après le rang du jeune prosélyte, pouvait devenir d’une grande importance. Ædèse, qui venait d’établir à Pergame son école errante et persécutée, enseigna au prince les premiers élémens de la doctrine des

  1. Les sophistes d’Eunape font autant de miracles que les saints du désert, et n’ont d’autre avantage que celui d’une imagination moins sombre. Au lieu de ces diables qui ont des cornes et des queues, Jamblique évoquait des fontaines voisines, les génies de l’Amour : Eros et Anteros, deux jolis enfans, sortaient du sein des eaux, l’embrassaient comme leur père, et se retiraient au premier mot de sa bouche. (P. 26, 27.)