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plus que l’empire du monde[1]. C’était un trésor qui, en effet, tirait sa valeur de l’opinion ; et quiconque se flattait d’avoir séparé ce métal précieux des matières grossières qui l’environnaient, s’arrogeait le droit de lui donner la forme et le nom les plus propres à flatter son imagination. Porphyre avait déjà expliqué la fable d’Atys et de Cybèle ; mais ses travaux ne firent qu’exciter le zèle de Julien, qui inventa et publia une nouvelle explication de cette fable ancienne et mystérieuse. Cette liberté d’interprétation, qui pouvait satisfaire l’orgueil des platoniciens, montrait la vanité de leur art. On ne pourrait, sans entrer dans de fastidieux détails, donner à un lecteur moderne une juste idée des allusions bizarres, des étymologies forcées, des pompeuses minuties, et de l’obscurité impénétrable de ces sages qui avaient la prétention de dévoiler le système de l’univers. Les traditions de la mythologie païenne n’étant pas uniformes, les interprètes sacrés demeuraient libres de choisir les particularités qui leur convenaient le plus ; et comme ils traduisaient un chiffre arbitraire, ils étaient les maîtres d’attribuer, à quelque fable que ce fût, le sens quelconque dont ils pouvaient avoir besoin pour l’adapter à leur système favori de religion et de philosophie. Ils met-

  1. Julien, orat. 7, p. 222. La dévotion la plus fervente et la plus enthousiaste lui dicte ses sermens, et il tremble de trop dévoiler ces saints mystères, que les profanes outrageraient par l’impiété d’un rire sardonique.