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ils portaient des offrandes sur le tombeau des martyrs ; et le magnifique monument de saint Mamas à Césarée fut élevé, ou du moins commencé par le zèle réuni de Gallus et de Julien[1]. Ils conversaient respectueusement avec ceux des évêques qui se distinguaient par leur sainteté, et ils sollicitaient les bénédictions des moines et des ermites qui avaient introduit dans la Cappadoce les rigueurs volontaires de la vie ascétique.[2] Lorsque les deux princes approchèrent de l’âge d’homme, ils laissèrent apercevoir dans leurs opinions religieuses la différence de leurs caractères. L’esprit dur et obstiné de Gallus embrassa, avec un zèle aveugle, la doctrine chrétienne, qui n’influa jamais sur sa conduite ; et qui jamais ne modéra ses passions. Le caractère plus doux de son jeune frère convenait mieux aux préceptes de l’Évangile, et un système de théologie

  1. La portion d’ouvrage dont Gallus était chargé fut exécutée avec ardeur et avec succès. Mais saint Grégoire dit (III, p. 59, 60, 61) que la terre rejeta et renversa opiniâtrement tout ce que fit la main sacrilège de Julien. Ce tremblement de terre partiel, attesté par un grand nombre de témoins alors encore existans, serait bien un des miracles les plus remarquables de l’histoire ecclésiastique.
  2. Le philosophe (Fragment, p. 288) tourne en ridicule les chaînes de fer de ces solitaires fanatiques, qui avaient oublié que l’homme est, par sa nature, un être sociable et doux, ανθρωπο‍υ φυσει πυλιτικο‍υ ζωο‍υ και ημνρο‍υ. Voyez Tillemont (Mém. ecclés., t. IX, p. 661, 662.) Le païen suppose que pour punition d’avoir renoncé aux dieux ils étaient possédés de méchans démons qui les tourmentaient.