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écoutait leurs jugemens. La vive pénétration de son esprit se plaisait à découvrir les ruses et à déconcerter les chicanes des avocats, qui tâchaient de déguiser la vérité des faits, ou de corrompre l’esprit de la loi. Il dérogeait quelquefois à la majesté de son rang, en hasardant des questions indiscrètes et déplacées, et trahissait l’impétuosité de ses passions par les éclats de sa voix, ou par la vivacité de ses gestes, quand il soutenait un avis contraire à celui des juges, des avocats ou de leurs cliens. Mais connaissant le vice de son propre caractère, il encourageait, il ordonnait même à ses amis et à ses ministres de l’en avertir ; et quand ils hasardaient d’arrêter les écarts de sa vivacité, les spectateurs apercevaient avec satisfaction la honte et la reconnaissance de leur souverain. Julien fondait presque toujours ses décrets sur des principes de justice, et il résista constamment aux deux plus dangereuses tentations qui assiégent le tribunal d’un monarque sous la forme séduisante de l’équité et de la compassion. Il jugeait les causes sans égard à la condition des parties, et quoique disposé à soulager le pauvre, il le condamnait sans hésiter, quand la cause du riche adversaire était la plus juste. Il distinguait avec soin le juge du législateur[1] ; et

  1. Dans le nombre de lois que Julien promulgua durant un règne de seize mois, cinquante-quatre ont été admises dans les codes de Théodose et de Justinien. Godefroy, Chron. legum, p. 64-67. L’abbé de La Bléterie (l. II, p. 329-336) a choisi une de ces lois pour donner une idée de la