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Rome jouissait encore exclusivement[1]. On supposa que la moitié du conseil national était passée en Orient, et cette fiction légale s’établit insensiblement dans l’opinion. Les successeurs despotiques de Julien acceptèrent le titre de sénateurs, et se reconnurent membres d’un corps respectable, qui conservait le droit de représenter la majesté du nom romain. L’attention du monarque ne se borna pas à Constantinople, elle s’étendit sur les sénats municipaux des provinces. Il supprima par plusieurs édits les exemptions injustes et pernicieuses qui éloignaient une foule de citoyens oisifs du service de leur pays ; et par une distribution égale des charges publiques, il rendit la force et l’éclat, ou, pour nous servir de la brillante expression de Libanius[2], il rendit l’âme et la vie aux villes expirantes de l’empire. La vénérable antiquité de la Grèce inspirait à Julien une tendresse respectueuse, qui éclatait en transports, au souvenir des dieux, des héros et des hommes supérieurs aux héros et aux dieux, qui avaient légué à la dernière postérité les monumens de leur génie ou l’exemple de leurs vertus. Par ses soins pa-

  1. Zosime, l. III, p. 158.
  2. η της βουλης ιςκυς ψυκη πολεως εςιν. (Voyez Libanius, orat. parent., c. 71, p. 296 ; Ammien, XXII, 9 ; et le Code Théod., l. XII, tit. I, leg. 50-55 ; les Commentaires de Godefroy, t. IV, p. 390-402.) Cependant tout le sujet des Curiæ est encore, malgré de très-amples matériaux, la partie la plus obscure de l’histoire de l’Empire.