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à Antioche. Artemius, tyran cruel et corrompu, avait long-temps désolé une grande province : Gaudentius avait long-temps pratiqué l’art ténébreux de la calomnie contre les innocens, contre les citoyens vertueux et contre Julien lui-même. Cependant on conduisit si maladroitement leur procès et leur jugement, que ces hommes pervers passèrent dans l’opinion publique pour les victimes honorables de l’opiniâtre fidélité avec laquelle ils avaient soutenu la cause de Constance. Une amnistie générale fut accordée à tous les autres serviteurs, et ils purent jouir avec impunité des dons qu’ils avaient obtenus, soit pour défendre ou pour accabler les malheureux. Cette grâce, qui, considérée politiquement, peut mériter notre approbation, s’exécuta d’une manière qui semblait dégrader la majesté du trône. Une multitude d’importuns, la plupart Égyptiens, assiégeaient Julien sans relâche, et redemandaient hautement des dons obtenus frauduleusement ou accordés par imprudence. L’empereur, prévoyant une longue suite de procès sans fin, donna aux Égyptiens sa parole,

    voyez Julien (épit. X, p. 379.), Ammien (XXII, 6), et Valois (ad loc.). Les Églises grecques et latines n’ont pu se défendre d’honorer Artemius comme martyr, parce qu’il eut le courage de démolir les temples des païens, et qu’il fut condamné à mort par un apostat. Mais comme l’histoire ecclésiastique atteste qu’Artemius était non-seulement un tyran, mais un hérétique arien, il ne serait pas aisé de justifier une promotion si indiscrète. (Tillemont, Mém. ecclés., t. VII, p. 1319.)