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louer la douceur naturelle sans se rendre coupable d’adulation. Mon dessein n’est cependant pas que ceux-là même soient punis illégalement ; on les accuse, ils jouiront du bienfait d’un jugement équitable et impartial. » Julien nomma, pour faire les informations, six juges d’un rang distingué dans l’état et dans l’armée, et pour éviter le reproche d’avoir condamné lui-même ses ennemis personnels, il plaça ce tribunal extraordinaire dans Chalcédoine, sur la rive asiatique du Bosphore, et autorisa les commissaires à prononcer et à exécuter leurs sentences finales sans appel et sans délai. Le vénérable préfet d’Orient, un second Salluste, occupa la place de président[1]. Ses vertus lui conciliaient également l’estime des philosophes grecs et celle des prélats chrétiens ; il avait pour adjoint l’éloquent Mamertin[2], un des deux consuls élus, dont le mérite supérieur nous est connu par le témoignage un peu

  1. On doit distinguer avec attention les deux Sallustes, l’un préfet de la Gaule, et l’autre préfet de l’Orient. (Hist. des emper., t. IV, p. 696.) Je me suis servi de l’épithète commode de secundus. Le second Salluste obtint l’estime même des chrétiens ; et saint Grégoire de Nazianze, qui condamnait sa religion, a célébré ses vertus. (Orat. 3, p. 90. Voyez une note curieuse de l’abbé de La Bléterie, vie de Julien, p. 363.)
  2. Mamertin loue l’empereur (XI, 1) d’avoir confié les emplois de trésorier et de préfet à un homme sage, ferme et intègre comme lui Mamertin. Ammien le classe aussi dans le nombre des ministres de Julien, merita quorum nôrat et fidem.