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au service de l’état. Mais on accuse Julien d’avoir exécuté ce changement salutaire avec trop de précipitation et de sévérité. Par un seul édit, il fit du palais de Constantinople un vaste désert, et renvoya ignominieusement les esclaves et les serviteurs[1] sans exception, et sans aucun des égards de justice ou du moins de bienveillance que pouvaient mériter l’âge, les services ou la pauvreté des fidèles domestiques de la famille impériale. Tel était à la vérité le caractère de Julien. Il oubliait souvent la maxime d’Aristote, qui place la véritable vertu à une distance égale entre les deux vices opposés. La parure fastueuse et efféminée des Asiatiques, la frisure, le fard, les bracelets et les colliers qui avaient couvert Constantin de ridicule, étaient indignes sans doute de la philosophie de son successeur ; mais, en s’éloignant d’une élégance efféminée, Julien semblait renoncer à se vêtir décemment et s’enorgueillir de sa malpropreté. Dans un écrit satirique, et destiné au public, l’empereur appuie avec complaisance, et même avec un orgueil cynique, sur la longueur de ses ongles et sur l’encre dont ses mains sont toujours tachées ; il proteste que, quoiqu’il ait presque tout le corps velu, jamais le rasoir n’a passé que sur sa

  1. Cependant Julien fut accusé d’avoir fait présent de villes entières à des eunuques. (Orat. 7, contre Polyclet., p. 117-127.) Libanius se contente de nier froidement, mais positivement, le fait, qui, à la vérité, semble plutôt convenir à Constance. Cette accusation est probablement motivée sur quelque circonstance qui nous est inconnue.