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Mort de Constance. A. D. 361, 3 nov.

Détruire ou périr, telle était la cruelle alternative qui s’offrait à l’humanité de Julien, et qu’il déplore si pathétiquement. Mais il n’y fut pas réduit, et la mort de Constance, arrivée à propos, préserva l’Empire romain des calamités d’une guerre civile. Pressé d’un désir de vengeance auquel ses favoris n’avaient osé s’opposer, il était parti d’Antioche malgré l’approche de l’hiver, avec une petite fièvre causée sans doute par l’agitation de son esprit. Les fatigues de la route l’augmentèrent, et Constance fut obligé de s’arrêter dans la petite ville de Mopsucrène, douze milles en-deçà de Tarse, où il expira après une courte maladie, dans la quarante-cinquième année de son âge, et la vingt-quatrième de son règne[1]. Son caractère, que nous avons suffisamment fait connaître dans le récit des événemens civils et ecclésiastiques, était un composé de faiblesse et d’orgueil, de superstition et de cruauté. Un long

    nonce d’avance la victoire. Constantio quem credebat procul dubio fore victorem : nemo enim omnium tunc ab hac constanti sententia discrepebat. (Ammien, XXI, 7.)

  1. Ammien fait un tableau fidèle de sa mort et de son caractère (XXI, 14, 15, 16) ; on ne peut se défendre d’un sentiment de haine et de mépris en lisant la calomnie absurde de saint Grégoire (orat. 3, p. 68), qui accuse Julien d’avoir tramé la mort de son bienfaiteur. Le repentir que l’empereur montra dans le particulier, d’avoir épargné et élevé Julien (p. 69, et orat. XXI, p. 39), est assez probable, et n’est point incompatible avec son testament verbal et public, que des raisons de prudence peuvent lui avoir dicté dans les derniers instans de sa vie.