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épées nues contre leur poitrine, ils se dévouèrent, avec d’horribles imprécations, au service du libérateur de la Gaule et du vainqueur des Germains[1]. Cet engagement solennel qui semblait dicté par l’affection plutôt que par le devoir, ne rencontra d’opposition que de la part de Nebridius, récemment reçu préfet du prétoire. Ce fidèle ministre, sans autre secours que son courage, défendit les droits de Constance au milieu des armes d’une multitude irritée, dont il aurait été la victime honorable et inutile sans la protection de celui qu’il avait offensé. Après avoir perdu une de ses mains d’un coup d’épée, il se prosterna aux pieds de Julien, qui le couvrit de son manteau impérial, lui sauva la vie et le renvoya chez lui avec moins de considération peut-être que n’en méritait la vertu d’un ennemi[2]. Salluste remplaça Nebridius dans le poste éminent de préfet du prétoire ; et les Gaules, soulagées des taxes qui les accablaient, respirèrent sous l’administration douce autant qu’équitable de l’ami de Julien, libre alors de pratiquer les vertus qu’il avait inspirées à son élève[3].

  1. Voyez sa harangue et la conduite des troupes dans Ammien, XXI, 5.
  2. Il refusa durement sa main au préfet suppliant, et le fit partir pour la Toscane. Ammien, XXI, 5. Libanius, avec une fureur digne d’un sauvage, insulte Nebridius, approuve les soldats, et blâme presque l’humanité de Julien. (Orat. Parental., c. 53, p. 278.)
  3. Amm., XXI, 8. Dans cette promotion, Julien obéissait