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dans chacun de ces magasins[1], annonçaient les forces et le nombre effrayant des ennemis qui se préparaient à l’environner. Mais les légions impériales étaient encore loin de la Gaule dans leur quartiers d’Asie ; le Danube était faiblement gardé ; et si Julien pouvait s’emparer par une incursion rapide des importantes provinces de l’Illyrie, il y avait lieu de présumer qu’une foule de soldats suivraient ses drapeaux, et que les riches mines d’or et d’argent de cette province l’aideraient à soutenir les frais de la guerre civile. Il convoqua ses troupes, et leur proposa cette audacieuse entreprise. Il sut leur inspirer une juste confiance en elles-mêmes et dans leur général, les exhorta à soutenir la réputation qu’elles avaient acquise d’être terribles pour les ennemis, douces avec leurs concitoyens, et dociles à leurs officiers. Son discours, rempli de force, fut reçu avec les plus vives acclamations ; et les mêmes troupes qui venaient de prendre les armes contre Constance, parce qu’il avait voulu les faire sortir de la Gaule, déclarèrent qu’elles étaient prêtes à suivre Julien aux extrémités de l’Europe ou de l’Asie. Les soldats firent le serment de fidélité ; frappant à grand bruit sur leurs boucliers, et, tournant la pointe de leurs

  1. Trois cents myriades ou trois millions de medimni, mesure de grains en usage chez les Athéniens, et qui contenait six modii romains. Julien explique en soldat et en politique le danger de sa situation, et la nécessité et l’avantage d’une guerre offensive, ad S. P. Q. Athen., p. 286-287.