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les conduisit à petites journées de Constantinople à Césarée en Cappadoce, et lorsqu’ils furent enfin admis en présence de Constance, les dépêches de ses propres officiers l’avaient déjà instruit et prévenu défavorablement contre Julien et contre l’armée de la Gaule. L’empereur écouta la lecture de la lettre avec impatience, et renvoya les ambassadeurs tremblans avec indignation et avec mépris ; ses regards, ses gestes et ses discours emportés, attestaient le désordre de son àme. Le lien de famille qui aurait pu contribuer à rapprocher le frère et le mari d’Hélène, venait d’être dissous par la mort de cette princesse : après plusieurs couches toujours fatales à ses enfans, elle venait de périr elle-même dans la dernière[1] ; et depuis la mort de l’impératrice Eusébia, qui avait conservé jusqu’au dernier moment pour Julien la tendre amitié qu’elle poussait jusqu’à la jalousie, et dont la douce influence aurait pu modérer le ressen-

  1. Ses restes furent envoyés à Rome, et enterrés près de sa sœur Contantina, dans le faubourg de la Via Nomentana. (Ammien, XXI, l.) Libanius a composé une apologie très-faible pour justifier son héros d’une accusation très-absurde, d’avoir empoisonné sa femme, et récompensé son médecin en lui donnant les bijoux de sa mère. Voyez la septième des dix-sept nouvelles harangues publiées à Venise, 1754, d’après un manuscrit de la Bibliothéque de Saint-Marc, p. 117-127. Elpidius, le préfet du prétoire de l’Orient, au témoignage duquel l’accusateur de Julien en appelle, est traité par Libanius d’efféminé et d’ingrat ; cependant saint Jérôme a loué la piété d’Elpidius (t. I, p. 243), et Ammien a fait l’éloge de son humanité, XXI, 6.