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solennellement, en présence de Jupiter, du Soleil, de Mars, de Minerve et de toutes les autres divinités, que jusqu’à la fin du jour qui précéda celui de son élévation, il ignora le dessein de l’armée[1], et il serait peu généreux de révoquer en doute l’honneur d’un héros et la véracité d’un philosophe. Cependant une conviction superstitieuse que Constance était l’ennemi des dieux dont il se flattait d’être lui-même le favori, put le pousser à désirer, à solliciter, à hâter même l’heureux moment de son règne marqué pour le rétablissement de l’ancienne religion du genre humain. Lorsqu’il eut été averti de la conspiration, il se résigna et prit quelques instans de sommeil ; il a depuis raconté à ses amis qu’il avait vu le génie de l’empire à sa porte, demandant avec quelque impatience à entrer, et lui reprochant son défaut de courage et d’ambition[2]. Surpris et agité, il s’était mis en prières, et le grand Jupiter, à qui il les adressait, lui avait sur-le-champ intimé, par un signe clair et

  1. Julien, ad S. P. Q. Athen., p. 284. Le pieux abbé de La Bléterie (Vie de Julien, p. 159) paraît tenté de respecter les pieuses protestations d’un païen.
  2. Ammien, XX, 5, avec la note de Lindenbrog sur le génie de l’empire. Julien lui-même, dans une lettre confidentielle à Oribase, son médecin et son ami (epist. XVII, p. 384), parle d’un songe antérieur à l’événement, et dont il fut frappé ; d’un grand arbre renversé, et d’une petite plante qui poussait en terre une racine forte et profonde. L’imagination de Julien était sans doute agitée de craintes et d’espérances jusque dans son sommeil. Zosime, l. III, a rapporté un songe postérieur.