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plein et sincère, mais encore de faire révoquer les ordres qui avaient excité leur mécontentement. Mais les soldats connaissaient toute l’étendue de leur faute, et comptaient plus sur la reconnaissance de Julien que sur la clémence de Constance. Leur zèle se changea en impatience, et leur impatience en fureur. L’inflexible César résista jusqu’à la troisième heure du jour à leurs instances, à leurs reproches et à leurs menaces ; il ne céda qu’aux clameurs réitérées, qui lui apprirent qu’il fallait ou mourir ou régner. On l’éleva sur un bouclier, aux acclamations de toute l’armée. Un riche collier militaire qui se trouva là par hasard lui tint lieu de diadème[1] ; la promesse d’une modique gratification[2] termina la cérémonie, et le nouvel empereur, accablé d’une douleur ou réelle ou simulée, se retira dans l’intérieur de ses appartemens secrets[3].

  1. Même dans ces momens de tumulte, Julien ne négligea pas les soins de la superstition, et il refusa obstinément de se servir, comme de mauvais augure, d’un collier de femme ou d’un ornement de cheval, dont les soldats impatiens voulaient qu’il fit usage faute de diadème.
  2. Une somme proportionnelle d’or et, d’argent, cinq pièces d’or et une livre d’argent : le tout montait à peu près à la valeur de cinq livres sterling et dix schellings.
  3. On peut consulter sur le récit détaillé de cette révolte les ouvrages originaux et authentiques de Julien lui-même, ad S. P. Q. Atheniensem, page 282, 283, 284 ; Libanius, Orat. parental., c. 44-48 ; dans Fabricius, Biblioth. græc., t. VII, pages 269-273 ; Ammien, XX, 4 ; et Zosime, l. III, p. 151, 152, 153, qui, pour le règne de Julien, semble