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de l’intérêt public. Il donna les ordres nécessaires pour l’exécution des commandemens de l’empereur, et une partie des troupes se mit en marche vers les Alpes. Les détachemens des différentes garnisons s’avancèrent vers les lieux de rassemblement qui leur étaient indiqués. Ils perçaient avec peine la foule des citoyens tremblans et consternés qui cherchaient à exciter leur pitié par un morne désespoir et de bruyantes lamentations. Les femmes des soldats accouraient, portant leurs enfans dans leurs bras, reprochant à leurs maris de les abandonner, et mêlant dans leurs plaintes l’expression de la douleur, de la tendresse et de l’indignation. Cette scène de désolation affligeait la sensibilité de Julien. Il accorda un nombre suffisant de chariots pour transporter les femmes et les enfans[1], tâcha d’adoucir les rigueurs qu’il était obligé d’exercer, et, par le plus louable de tous les moyens politiques, il augmenta sa popularité en même temps qu’il enflammait le mécontentement des soldats qu’on bannissait loin de lui. La douleur d’une multitude armée se change aisément en fureur ; les murmures, qui acquéraient d’heure en heure plus de hardiesse et de force, parcourant rapidement toutes les tentes, préparèrent les esprits à la plus audacieuse sédition. Les tribuns favorisèrent

  1. Il leur accorda la permission de se servir de ce que l’on nommait currus clavularis ou clabularis. Ces chariots de poste sont souvent cités dans le code, et passaient pour porter chacun quinze cents livres pesant. Voyez Valois, ad Amm., XX, 4.