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avait choisi le moment où Lupicinus[1], général de la cavalerie, était occupé en Bretagne à repousser les incursions des Pictes et des Écossais ; et Florentius était allé à Vienne pour y recueillir les tributs. Ce dernier, vil et rusé politique, craignant de se charger, en cette occasion, d’une responsabilité dangereuse, éludait les lettres pressantes et réitérées par lesquelles Julien lui représentait que dans toutes les affaires importantes, le préfet devait indispensablement se trouver au conseil. D’un autre côté, les messagers de l’empereur persécutaient le César de leurs insolentes sollicitations : ils osaient lui faire entendre qu’en attendant le retour de ses ministres, il se trouverait coupable du délai, et leur donnerait tout le mérite de l’obéissance. Hors d’état de résister, ne pouvant se décider à obéir, Julien exprimait dans les termes les plus positifs, son désir et même son intention de quitter la pourpre qu’il ne pouvait plus porter avec gloire, mais à laquelle il ne pouvait renoncer sans danger.

Leur mécontentement.

Après un combat pénible, Julien fut forcé de s’avouer que le devoir du sujet le plus élevé en dignité était d’obéir, et que le souverain devait seul décider

  1. Ammien, XX, I. Il reconnaît la valeur et les talens militaires de Lupicinus ; mais, dans son langage affecté, il le représente comme élevant les cornes de son orgueil, mugissant d’un ton terrible, et laissant douter qui l’emportait en lui de l’avarice ou de la cruauté. Les Pictes et les Écossais menaçaient si sérieusement la Bretagne, que Julien fut un instant tenté d’y passer lui-même.