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pénible, les traits des Persans, et les déserts brûlans de l’Asie. Ils regardaient comme leur patrie le pays qu’ils avaient sauvé, et s’excusaient de leur défaut de zèle sur le devoir plus sacré de défendre leurs parens et leurs amis. D’un autre côté, les habitans du pays voyaient avec effroi le danger inévitable dont ils étaient menacés ; ils soutenaient qu’aussitôt que les Gaules n’auraient plus de forces respectables à leur opposer, les Germains rompraient un traité que la crainte seule leur avait fait accepter, et que, malgré la valeur et les talens militaires de Julien, le général d’une armée dont il n’existerait plus que le nom, accusé des malheurs publics, se trouverait bientôt, après une vaine résistance, prisonnier dans le camp des Barbares, ou retenu en criminel dans le palais de Constance. En obéissant, Julien souscrivait à sa propre destruction et à celle d’une nation qui méritait son attachement. Mais un refus positif était un acte de rebellion et une déclaration de guerre. L’inexorable jalousie de pouvoir qui dominait l’empereur, son ordre absolu et peut-être insidieux, ne laissaient ni excuse ni interprétation, et l’autorité précaire du jeune César lui permettait à peine le délai ou la délibération. Dans cette situation difficile, Julien se trouvait livré à lui-même ; les artificieux eunuques avaient éloigné Salluste, son sage et fidèle ami. Il n’avait pas même, pour donner quelque force à ses représentations, l’appui de ses ministres, qui auraient été effrayés ou honteux d’approuver la destruction des Gaules. On