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infidèles. Les principes d’intolérance établis alors eussent pu justifier la destruction de l’idolâtrie[1] ; mais les sectes ennemies, qui dominaient alternativement à la cour, craignaient toujours d’aliéner et de pousser à bout une faction encore puissante, quoique affaiblie. Tous les motifs de mode, de raison et d’intérêt combattaient alors en faveur du christianisme ; mais deux ou trois générations s’écoulèrent sans que leur influence victorieuse se fit généralement sentir. Un peuple nombreux, plus attaché à ses anciennes habitudes qu’à des opinions spéculatives, révérait encore une religion depuis si longtemps établie et si récemment encore dominante dans tout l’Empire romain. Constantin et Constance distribuèrent indifféremment à tous leurs sujets les honneurs civils et militaires, et parmi ceux qui professaient le polythéisme, il se trouvait beaucoup d’hom-

  1. Dans le langage pur de l’Ionie et d’Athènes ειδωλον et λατρεια étaient des mots anciens et familiers. Le premier signifiait une ressemblance, une apparition (Odyss. d’Hom., XI, 601), une représentation, une image inventée par l’art ou par l’imagination. Le second désignait toute espèce de service ou d’esclavage. Les Juifs de l’Égypte qui traduisirent les écritures hébraïques, restreignirent l’usage de ces mots (Exod. XX, 4, 5) au culte religieux d’une image. L’idiome particulier des hellénistes ou juifs grecs, a été adopté par les historiens ecclésiastiques et sacrés ; et le reproche d’idolâtrie (ειδωλολατρεια) s’est attaché à cette sorte de superstition matérielle et grossière que certaines sectes de chrétiens ne devraient pas trop se presser d’imputer aux polythéistes de la Grèce et de Rome.