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comparés, dès leur enfance, à ceux de Titus et de Domitien[1]. Elle accoutumait son mari à considérer Julien comme un jeune prince modeste et sans ambition, dont la pourpre assurerait la reconnaissance et la fidélité, et que ses talens rendraient capable de remplir avec honneur une place au second rang, où il soulagerait l’empereur d’une infinité de soins, sans jamais prétendre à secouer l’autorité ou à obscurcir la gloire de son souverain et de son bienfaiteur. Après de longs et secrets efforts, l’ascendant de l’impératrice l’emporta sur l’opposition des eunuques favoris, et il fut résolu que Julien irait, avec le titre de César, gouverner les peuples au-delà des Alpes, dès qu’on aurait célébré son mariage avec la princesse Hélène, sœur de Constance[2].

Quoique l’ordre qui le rappelait à la cour fût sans doute accompagné de quelque avertissement sur sa prochaine grandeur, Julien prit le peuple d’Athènes pour témoin de sa douleur sincère et des larmes qu’il répandit quand on l’arracha, malgré lui, de sa retraite chérie[3]. Il craignait pour sa vie, pour sa

  1. Tantùm à temperatis moribus Juliani differens fratris, quantùm inter Vespasiani filios fuit, Domitianum et Titum. (Ammien, l. XIV, c. 11.) Les épreuves et l’éducation des deux frères eurent une si grande ressemblance, qu’elles fournissent un exemple frappant de la différence innée des caractères.
  2. Ammien, l. XV, c. 8 ; Zosime, l. III, p. 137, 138.
  3. Julien, ad S. P. Q. A., p. 275, 276 ; Libanius, orat. X, p. 268. Julien ne céda point que les dieux ne lui eussent