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sions, et des mains irrévérentes et grossières transportèrent les statues des dieux et des héros chez un peuple auquel, déchues des honneurs du culte, elles n’offrirent plus que des objets de curiosité. L’or et l’argent rentrèrent dans la circulation ; et les magistrats, les évêques et les eunuques saisirent l’heureuse occasion de satisfaire à la fois leur zèle, leur avarice et leur vengeance. Mais ces déprédations n’attaquaient qu’une très-petite partie du monde romain, et les provinces étaient accoutumées depuis long-temps à supporter ces rapines sacrilèges de la part des princes et des proconsuls, auxquels on ne pouvait soupçonner le dessein de détruire la religion qu’ils professaient[1].

Et ses fils.

Les fils de Constantin suivirent avec plus de zèle et moins de discrétion les traces de leur père, et multiplièrent les prétextes de vexation et de rapine[2]. Dans leurs procédés les plus illégaux, les

  1. Eusèb., in vit. Constant., l. III, c. 54 ; et Libanius, orat. pro templis, p. 9, 10, édit. Godefroy. Ils racontent tous deux le pieux sacrilège de Constantin, qu’ils voyaient sous un jour fort différent. Le dernier déclare positivement « qu’il se saisit de l’argent et des richesses sacrées, mais qu’il ne toucha point au culte des temples, qui furent à la vérité appauvris, mais où l’on ne célébrait pas moins les cérémonies ordinaires de l’ancienne religion. » Témoignages juifs et païens, Lardner, vol. IV, p. 140.
  2. Ammien parle de quelques eunuques de cour qui furent spoliis templorum pasti. Libanius dit (orat. pro temp., p. 23) que l’empereur faisait souvent présent d’un temple comme il aurait pu faire d’un chien, d’un cheval, d’un