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leur attribue. Une partie de ces fanatiques détestaient la vie et désiraient vivement de recevoir le martyre. Il leur importait peu par quel supplice ou par quelles mains ils périssaient, pourvu que leur mort fût sanctifiée par l’intention de se dévouer à la gloire de la vraie foi et à l’espérance d’un bonheur éternel[1]. Ils allaient quelquefois insulter les païens au milieu de leurs fêtes et jusque dans leurs temples, dans l’espérance d’exciter les plus zélés idolâtres à venger l’honneur de leurs divinités. D’autres se précipitaient dans les lieux où se rendait la justice, et forçaient les juges effrayés à ordonner leur prompte exécution. Ils arrêtaient souvent les voyageurs sur les grands chemins, et les forçaient à leur infliger le martyre, en leur promettant une récompense s’ils consentaient à les immoler, et en les menaçant de leur donner la mort s’ils leur refusaient ce singulier service. Lorsque toutes ces ressources leur manquaient, ils annonçaient un jour où, en présence de leurs amis et de leurs parens, ils se précipiteraient du haut d’un rocher ; et on montrait plusieurs précipices devenus fameux par le nombre de ces suicides religieux. Dans la conduite furieuse de ces enthousiastes, admirés par un parti comme les martyrs de la foi, et abhorrés par l’autre comme les victimes de Satan, un philosophe impartial découvre aisé-

  1. Les donatistes alléguaient, pour justifier leurs suicides, l’exemple de Razias, qui est rapporté dans le quatorzième chapitre du deuxième livre des Macchabées.