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pas toujours affaire à des ennemis désarmés ; ils attaquèrent souvent, et mirent quelquefois en fuite les troupes militaires de la province. À la sanglante affaire de Bagai, ils tombèrent avec impétuosité, mais sans succès, au milieu d’une plaine, sur un détachement de la cavalerie impériale. On traitait en bêtes féroces les donatistes pris les armes à la main, et ils le méritèrent bientôt par leurs forfaits ; on les faisait périr par l’épée, par la hache ou par le feu. Ils mouraient sans pousser un murmure, et leurs sanglantes représailles, en aggravant et multipliant les horreurs de la révolte, ne laissaient point d’espoir de réconciliation. Au commencement de notre siècle, on a vu se renouveler les scènes d’horreur de la guerre des circoncellions, dans la persécution, l’intrépidité, les crimes et l’enthousiasme des camisards ; et si les fanatiques du Languedoc surpassèrent ceux de la Numidie en talens militaires, les Africains soutinrent leur féroce indépendance avec plus de courage et de fermeté[1].

Leurs suicides religieux.

De tels désordres sont les effets naturels de la tyrannie religieuse ; mais la fureur des donatistes était enflammée par une frénésie d’une espèce extraordinaire et dont il n’y a jamais eu d’exemple dans aucun temps et dans aucun pays, s’il est vrai qu’ils l’aient poussée au degré d’extravagance qu’on

  1. L’Histoire des Camisards (en trois volumes in-12, Villefranche, 1760) est exacte et impartiale. On a quelque peine à découvrir la religion de l’auteur.