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communiquaient au palais et à la mer. Entraîné dans un vaisseau qui attendait au bas de l’escalier du jardin, tout prêt à mettre à la voile, le prélat était déjà en route pour Thessalonique, et le peuple ignorait encore ce projet sacrilège. Il vit bientôt, avec autant de surprise que d’indignation, les portes du palais s’ouvrir, et l’usurpateur Macédonius assis à côté du préfet, dans un char élevé, en sortir accompagné d’un nombreux cortége de gardes, l’épée nue à la main. Cette procession militaire s’avançait vers la cathédrale ; les catholiques et les ariens se précipitèrent en foule pour s’en emparer. Cette sanglante émeute coûta la vie à trois mille cent cinquante habitans de Constantinople ; et Macédonius, soutenu par des troupes régulières, remporta la victoire ; mais son gouvernement fut continuellement troublé par des séditions et des clameurs. Des objets qui n’avaient aucun rapport au fond de la dispute, suffisaient pour nourrir et enflammer la discorde. La chapelle dans laquelle on avait déposé le corps de Constantin-le-Grand tombait en ruines ; le prélat fit transporter les vénérables restes de l’empereur dans l’église de Saint-Acace. Cette pieuse et sage précaution passa pour une profanation odieuse aux yeux du parti qui suivait la doctrine de l’homoousion. Les deux factions prirent les armes ; le terrain consacré servit de champ de bataille ; et un historien ecclésiastique a observé comme un fait réel, et non pas par figure de rhétorique, que la fontaine située en face de l’église fut remplie du sang qui en débordait et coulait