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Il resta caché une fois dans une citerne qui était à sec, et dont il venait à peine de sortir lorsque le secret de cette retraite fut trahi par une fille esclave[1]. Athanase choisit une fois un asile encore plus extraordinaire, la maison d’une vierge, âgée au plus de vingt ans, et célèbre dans toute la ville par sa beauté. À minuit, comme elle le raconta plusieurs années après, elle aperçut avec surprise l’archevêque vêtu très-négligemment, qui s’avançait vers elle avec précipitation. Il la supplia de lui accorder l’hospitalité qu’une vision céleste l’avait averti de venir chercher dans sa maison. La pieuse vierge accepta, et conserva soigneusement le dépôt sacré que le ciel daignait confier à sa prudence et à son courage. Sans en faire part à qui que ce fût, elle conduisit Athanase dans sa chambre la plus secrète, et veilla sur la sûreté du prélat avec la tendresse d’une amie et l’exactitude d’une esclave. Tant que le danger dura, elle lui fournit des vivres et des livres, lui lava les pieds, lui servit de secrétaire, et sut adroitement cacher aux yeux perçans du soupçon un commerce familier et solitaire entre un saint dont le caractère exigeait la chasteté la plus pure, et une jeune fille dont les charmes pouvaient exciter les plus dangereuses émotions[2]. Durant six années

  1. Rufin, l. I, c. 18 ; Sozomène, l. IV, c. 10. Cette histoire et la suivante paraîtront impossibles si nous supposons que saint Athanase habita toujours l’asile qu’il avait ou choisi ou accepté par hasard.
  2. Palladius, Hist. Lausiac., c. 136, in vit. Patrum,