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de Tabenne rassemblait en un instant des milliers de moines robustes et déterminés, autrefois cultivateurs, pour la plupart, des pays circonvoisins. Lorsque des forces militaires, auxquelles il leur était impossible de résister, entraient dans leurs retraites obscures, ils tendaient la tête en silence au fer de leurs bourreaux ; et, fidèles au caractère de leur nation, ils bravaient les tortures et la mort, sans se laisser arracher le secret qu’ils avaient résolu de ne point trahir[1]. L’archevêque d’Alexandrie était confondu dans une multitude d’hommes, vêtus de la même manière, soumis à la même discipline, déterminés à le défendre au péril de leur vie. Quand le danger devenait trop pressant, les moines le transportaient rapidement d’une retraite dans une autre, et il parvint à ces formidables déserts que la sombre et crédule superstition a peuplé de démons et de monstres féroces. Athanase fut obligé de se cacher jusqu’à la mort de Constance, et passa la plus grande partie de ce temps parmi les moines qui lui servirent, avec la plus exacte fidélité, de gardes, de secrétaires et de messagers. Mais dès que l’activité des poursuites fut un peu ralentie, l’envie d’entretenir une liaison plus intime avec le parti catholique le ramena dans Alexandrie, où il confia sa personne à la discrétion de ses amis et de ses adhérens. Ses différentes aventures fourniraient la matière d’un roman intéressant.

  1. Et nulla tormentorum vis inveniri adhuc potuit ; quæ obdurato illius tractâs latroni invito elicere potuit, ut nomen proprium dicat. (Ammien, XXII, 16 ; et Valois, ad locum.)