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fidèles à la cause d’Athanase et de leur conscience. L’ingénieuse malveillance de leurs ennemis, pour les priver des consolations et des conseils qu’ils pouvaient recevoir les uns des autres, avait dispersé ces illustres exilés dans les provinces les plus éloignées. En les séparant les uns des autres, on avait eu soin de les placer dans les cantons les plus inhabitables de ce grand empire[1]. Mais ils éprouvèrent bientôt que les déserts de la Libye et les recoins les plus barbares de la Cappadoce étaient moins inhospitaliers que ces villes dans lesquelles un évêque arien pouvait satisfaire impunément les ressentimens envenimés de sa haine théologique[2]. Ils trouvaient leur consolation dans la droiture de leur conduite, dans leur indépendance, dans les applaudissemens, les visites, les lettres, les aumônes libérales de leurs partisans[3], et dans les dissensions qui ne tardèrent

  1. Les confesseurs de l’Occident furent successivement bannis dans les déserts de l’Arabie et de la Thébaïde, entre les rochers du mont Taurus, et dans les cantons les plus sauvages de la Phrygie, occupés par les impies montanistes. Ætius l’hérétique, ayant été trop bien reçu à Mopsueste en Cilicie, où il était exilé, Acace le fit transporter à Amblada, dont les environs, habités par des sauvages, étaient en proie aux horreurs de la guerre et de la peste. (Philostorg., l. V, c. 2.)
  2. Voyez le traitement cruel qu’éprouva Eusèbe, et son étrange obstination, dans ses propres Lettres, publiées par Baronius, A. D. 356, nos 92-102.
  3. Cæterum exules satis constat, totius orbis studiis celebratos, pecuniasque eis in sumptum affatim congestas, lega-