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somme considérable d’argent qui lui avait été offerte pour fournir aux besoins de son voyage, et se permit d’insulter la cour de Milan, en observant que l’empereur et ses eunuques pourraient avoir besoin de cet or pour acheter des soldats et des évêques[1]. La fermeté d’Osius et de Liberius ne tint cependant pas contre la gêne et les incommodités de leur exil. Le pontife romain acheta son retour par des concessions criminelles, qu’il expia ensuite par un juste repentir. On employa successivement la persuasion et la violence pour arracher la signature de l’évêque de Cordoue, vieillard centenaire, dont les forces étaient épuisées, et dont le grand âge avait probablement affaibli les facultés intellectuelles. Quelques membres de l’Église orthodoxe, irrités du triomphe insultant des ariens, ont jugé avec une sévérité cruelle la réputation ou plutôt la mémoire d’un vieillard infortuné à qui le christianisme même avait de si grandes obligations[2].

Exilés.

La faiblesse de Liberius et d’Osius donna encore plus d’éclat à la fermeté des évêques qui restèrent

  1. Ammien (xv, 7) parle de l’exil de Liberius. Voyez Théodoret, l. II, c. 16 ; saint Athanase, t. I, p. 834-837 ; saint Hilaire, Fragment. I.
  2. Tillemont (tom. VIII, p. 524-561) a recueilli la vie d’Osius. C’est avec des expressions également extravagantes qu’il commence par l’exalter, et finit par le condamner. Dans leurs lamentations sur la chute de l’évêque de Cordoue, il faut distinguer la prudence de saint Athanase du zèle aveugle et indiscret de saint Hilaire.